Ce week-end en Dordogne : quand l'art et le temps se rencontrent

30 septembre 2026 · La rédaction de Sortir en Nouvelle-Aquitaine · Dordogne

Ce week-end en Dordogne : quand l'art et le temps se rencontrent

La Dordogne ce week-end se transforme en un territoire où le temps s’étire, se suspend, ou s’accélère selon les lieux. Entre les pas des promeneurs le long des berges et les murmures des salles d’exposition, une même question semble flotter : comment ce qui nous entoure — un fleuve, une photographie, une note de musique — devient-il mémoire, ou au contraire, échappe-t-il à toute fixation ?

Un appartement qui devient chambre noire

Notre coup de cœur va sans hésiter à La fabrique de l’image, à Bergerac. Pendant deux semaines, un appartement de quartier se mue en laboratoire photographique, à l’occasion du Bicentenaire de la Photographie. L’idée est simple, mais rare : sortir la pratique artistique des lieux habituels pour l’installer là où vivent les gens. On imagine les murs tapissés de tirages en cours de séchage, les conversations qui s’engagent entre voisins venus voir ce qui se trame derrière ces fenêtres soudain devenues écran. Ce n’est pas une exposition au sens classique, mais une invitation à voir comment une image naît, se transforme, et parfois, rate. Une façon de rappeler que la photographie, avant d’être un objet accroché dans une galerie, est d’abord un geste, une attente, un accident.

Pour prolonger cette immersion dans l’image, la Galerie l’App’Art à Périgueux propose en parallèle La poésie de la mer, une série de photographies de Christine Drouillard. L’artiste y révèle les dessous des bateaux, ces mondes cachés où se mêlent rouille, algues et éclats de peinture. Des textures qui racontent autant l’usure du temps que la persistance des formes. Une belle transition avant de filer vers Montpon-Ménestérol, où le Photo Club Montponnais expose une rétrospective des spectacles de la saison passée. Ici, l’image fige l’éphémère, et c’est tout le paradoxe : immortaliser ce qui, par définition, ne dure pas.

Quand le goût et les mots s’entremêlent

À Périgueux, deux ateliers ce week-end jouent avec cette idée de transmission. Le goût des souvenirs propose d’écrire à partir d’une recette, d’un plat qui évoque un moment, une personne. L’atelier n’est pas une fin en soi : les textes produits seront lus en public le 21 novembre, lors d’un temps convivial. Une façon de rappeler que la mémoire, qu’elle soit culinaire ou littéraire, se partage mieux autour d’une table. Dans le même esprit, mais avec une approche plus sensorielle, l’Atelier dégustation : Vallée de la Garonne et affluents invite à suivre le cours d’un fleuve à travers les vins qu’il a façonnés. Le 21 septembre, on remontera ainsi le temps en goûtant, pour comprendre comment le terroir s’est inscrit dans chaque bouteille.

La musique comme fil d’Ariane

Le jazz, l’orgue, et même le théâtre en création : la Dordogne ce week-end est aussi une partition. À Périgueux, le Voyage musical - Autour du jazz & des musiques apparentées promet une exploration des racines et des ramifications de ce genre, entre standards et expérimentations. Plus inattendu, le 6ème Festival Point d’Orgues à Montpon-Ménestérol débute le 30 septembre avec la projection du film Le Corset, qui met en lumière l’orgue comme instrument à la fois monumental et intime. Le lendemain, ce sont de jeunes musiciens du territoire qui prendront la scène, rappelant que l’art se transmet aussi par la pratique, et pas seulement par l’écoute.

Enfin, pour celles et ceux qui préfèrent le silence des salles obscures, le Théâtre de l’Odyssée à Périgueux propose une sortie de résidence le 28 septembre. NO DRAMA variations et tenderness donne à voir une étape de création, avec ses hésitations, ses répétitions, ses trouvailles. Une façon de rappeler que le spectacle vivant est d’abord un travail, et que ce travail mérite d’être montré, même inachevé.

Et si on prenait l’air ?

Entre deux expositions ou concerts, la Dordogne offre aussi des échappées où le temps semble suspendu. À Bergerac, la Boucle de la Madeleine permet de longer la Dordogne, de traverser le vieux pont et de s’arrêter devant l’église du même nom. Une balade de 3,6 km qui mêle histoire et paysages, idéale pour digérer — au sens propre comme figuré — les émotions de la journée.

Pour celles et ceux qui préfèrent observer plutôt que marcher, la vallée des Beunes, près des Eyzies, est un terrain de jeu idéal. La faune y est protégée, et les espaces naturels y sont préservés. On peut y croiser des espèces rares, comme la Cistude d’Europe, cette tortue d’eau douce menacée. Un rappel que la nature, elle aussi, a ses propres rythmes, ses propres cycles — et que les observer, c’est déjà une forme d’art.

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